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06 octobre 2026

La confiance au fil du métal : une collaboration tripartite entre une artiste, ses commanditaires et la métallerie d’art Crézé


Comment naît une œuvre d'art ? Par le talent d'une artiste, la vision de commanditaires… et parfois les mains d'un artisan. Pour le savoir, nous avons réuni en visio, façon « échanges croisés », quatre personnes qui ont vécu cette aventure ensemble : Hélène Vans, sculptrice, Guy-Régis et Florence Fauchille, ses commanditaires, et Gaël Hardy, président de Crézé, métallerie d'art spécialisée dans la création métallique sur mesure. Leurs réponses dessinent une même évidence : derrière chaque œuvre, il y a d'abord une histoire de confiance.

Une maison d’artiste, un emplacement qui attendait depuis 1925

Façade de la maison de Guy-Régis et Florence Fauchille évoquée dans le texte. Nous pouvons y voir, sur le quart bas droit, le bas-relief créé par l'artiste Hélène Vans nommé La Danse du Cosmos.

Façade de la maison de M. et Mme Fauchille avec le bas-relief La Danse du Cosmos. ©Hélène Vans

Paris 14ᵉ, à deux pas du parc Montsouris. La maison-atelier a été dessinée en 1927 par l’architecte Marcel Zielinski pour lui-même et son épouse, la peintre Marie Casimire Giersinski. Une villa moderniste et épurée du Mouvement moderne, dans un quartier prisé des amateurs d’architecture qui compte plusieurs villas et ateliers d’artistes des années 20 — on y croise même des œuvres d’Auguste Perret et de Le Corbusier.

Guy-Régis et Florence Fauchille en héritent en 1989 et entreprennent, patiemment, de la restaurer. Au début des années 2010, Pierre Gommier, architecte du patrimoine, dirige la remise en état de la façade — un ravalement qui n’avait pas été fait depuis très longtemps. C’est dans ce contexte qu’en 2016 Crézé entre dans la vie de la maison : grande fenêtre en acier à double vitrage sur la façade sud, œil-de-bœuf « magnifique », travaux de couverture et de terrasse en métal et en plomb — autant d’ouvrages de métallerie fine qui modernisent la maison tout en respectant le style des menuiseries métalliques d’origine.

« Vous avez fait beaucoup de choses avec nous, rappelle Guy-Régis Fauchille en souriant. De l’artisanat, de l’art, des petites choses et des grandes choses. » Anecdote révélatrice de la relation qui se noue alors : la première rencontre a eu lieu au salon du patrimoine, vers 2016. « Vous êtes passés nous voir un soir, se souvient Gaël Hardy, et le lendemain matin à 8 heures, on était chez vous. »

Mais Pierre Gommier voit plus loin que la restauration. En fouillant les archives de Paris, il retrouve dans le permis de construire d’origine – « un petit croquis » – la trace d’un emplacement prévu dès 1925 pour un bas-relief, sous la grande verrière : un creux de 3 mètres sur 1, profond de 10 centimètres. « C’est avec la conviction qu’au-delà d’une simple restauration, une interaction avec un artiste contemporain s’imposait que j’ai eu l’idée de solliciter Hélène Vans », confiait-il à Christine Desmoulins de la revue Archistorm. En juin 2017, il présente l’artiste aux propriétaires. La décision tombe en vingt-quatre heures — mais elle était mûrie depuis des années : les Fauchille cherchaient depuis longtemps le motif juste pour cet emplacement imposé.

« La Danse du Cosmos » : quand l’idée est première

Zoom sur la Danse du Cosmos d’Hélène Vans. ©Hélène VANS

Hélène Vans travaille exclusivement des œuvres uniques, conçues in situ, à la frontière de la sculpture et de l’architecture. Pour cette façade, Hélène Vans a conçu un bas-relief cinétique « La Danse du Cosmos » composé de cercles assemblés deux à deux en inox poli miroir évoluant par l’effet de la rotation vers des positions différentes, tel une danse. « L’idée est toujours première avant la technique. » Les Fauchille avaient d’abord songé à une œuvre figurative, dans l’esprit des bas-reliefs des années 30 qu’ils admiraient. Ils changent de cap : « Il ne fallait pas chercher à imiter le passé. Une sculpture futuriste sur une façade qui, cent ans avant, était futuriste : ça redonnait à la maison son caractère d’avant-garde. C’est un peu le miracle. »
Reste à faire tenir 270 kilos d’inox dans une maçonnerie fraîchement restaurée, sans la toucher, au millimètre près. Crézé conçoit une fixation en trois modules clipsés sur une grille intégrée à la façade, avec des attaches invisibles. « Toutes les attaches ont été pensées dans la continuité des formes, souligne Hélène Vans. Rien ne se voit ». L’œuvre est posée fin 2018. Huit ans plus tard, « elle n’a pas bougé » nous disent Guy-Régis et Florence Fauchille.

La démarche d’ensemble — maître d’ouvrage, architecte, artiste et entreprise réunis — est honorée en 2019 du prix « Nominé Prior » par l’association Le Geste d’Or, remis au salon international du patrimoine culturel par Pascal Payen Appenzeller. Une rareté que tient à souligner Guy-Régis Fauchille : « Introduire un artiste vivant dans un édifice centenaire, c’est ramener de la modernité dans le patrimoine. C’est rarement fait en France. Et ça n’aurait pas été possible sur un bâtiment haussmannien. »

« La Fontaine céleste » : trois défis, une équipe

Nous avons une vue d'ensemble sur la partie du toit terrasse de M. et Mme Fauchille qui sert d'écrin à la Fontaine Céleste.

© Hélène VANS

L’aventure continue. Sur le toit-terrasse aménagé de la maison, Florence Fauchille rêve d’un bruit d’eau apaisant — un ruissellement cristallin, le chant de l’eau — et d’une fontaine qui récupère l’eau tout en rafraîchissant son environnement direct. Nous sommes en 2022. Hélène Vans part d’une maquette en laiton façonnée à la main dans son atelier et dessine, avec son infographe, en 3D, une sculpture d’art contemporain de deux cônes légèrement galbés et inversés, construits selon les rythmes du nombre d’or : « l’un recueillant les eaux d’en haut, l’autre servant de vasque pour les contenir reliés par un axe central tel une tige, d’où l’eau jaillit et ruisselle de cercle en cercle. Sa position et sa mesure de 1,65 mètres de hauteur et 1,20 mètres de diamètre furent déterminées sur place par une étude attentive des points de vue ».
« L’écoulement de l’eau fut ajusté, pour satisfaire à la fois aux plaisirs de la vue, de la fraîcheur et du son : 5 cercles percés en forme de gouttes d’eau ont été fixés au mât central pour que l’eau puisse ruisseler avec un son particulier. Un sixième cercle tel un équateur fut placé à l’inversion des cônes. Des ouvertures elliptiques furent réalisées dans la partie haute. Un test fut réalisé sur la maquette en impression 3D dans mon atelier avant la réalisation chez Crézé qui en a respecté tous les principes » précise Hélène Vans.

Pour Crézé, le défi technique est réel, et Gaël Hardy l’évoque sans détour : « Le repoussage extrême de l’inox, à la fin il nous restait une feuille de papier à cigarette. Il a fallu y aller avec beaucoup de précaution, recharger certains endroits, polir sans créer de stries. » Deuxième défi : découper à la main, dans la surface courbe et inversée, des ellipses à la fluidité parfaite. Troisième défi : le circuit de l’eau — l’équipe imagine d’utiliser le mât structurel comme conducteur d’eau, avec des soudures étanches, une pompe adaptée et une crépine, jusqu’au son cristallin recherché. S’y ajoutent la maîtrise du poids — 100 litres d’eau, 400 kilos au total, répartis par quatre barres au-dessus des poutrelles — et une exigence de finition absolue : « Les soudures au laser sont parfaites, il n’y a aucun cordon de soudure. C’est impressionnant », salue Hélène Vans.

La Fontaine céleste est posée en juin 2024. Une édition de cette fontaine est décidée d’un commun accord entre l’artiste et les commanditaires. Cette fontaine constitue un nouvel archétype de fontaine contemporaine qui, par ses qualités rafraichissantes, est bien adaptée aux périodes estivales de canicule. Pour éclairer discrètement la terrasse de nuit, Hélène Vans conçoit deux « Lumino-reliefs » en inox teinté champagne constitués de cercles pliés et d’une Led au verso dans un strict respect de la géométrie des plis.

Au Cap-Ferret, de nouvelles oeuvres d’Hélène Vans sont réalisées par Crézé : le bas-relief « Ondes et Orbes » en inox teinté Ti Rose Gold en 2023, et un grand lumino-relief « Luna » en inox teinté couleur champagne augurant cette nouvelle série de luminaires. En 2023, l’artiste recevait le Grand Prix de la Sculpture In Situ du Geste d’Or par Pascal Payen Appenzeller, pour l’ensemble de ses dix commandes publiques et privées — dont cinq confiées à Crézé.

photo npoir et blanc de la maquette en 3D de la Fontaine Céleste conçue par Hélène Vans

Maquette 3D de la Fontaine Céleste. @Hélène Vans

vue de près de la Fontaine Céleste : on aperçoit la circulation de l'eau qui tombe comme une pluie de cercle en cercle.

© Hélène Vans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« On n’aurait jamais pu le faire avec quelqu’un d’autre »

Pourquoi Crézé, justement ? Les réponses des commanditaires convergent. « Vous faites de l’artisanat industriel, résume Guy-Régis Fauchille. Un esprit d’artisan avec la capacité de réalisation d’un industriel. On a toujours trouvé chez vous, à travers Franck Lacueille, écoute et réponse. À chaque fois qu’il y avait des défis techniques, vous les résolviez ». Il ajoute, sans détour : « Je suis intimement persuadé qu’on n’aurait pas pu faire ces deux projets avec une autre entreprise. On n’aurait jamais pu le faire avec quelqu’un d’autre. »

Côté métallerie, la méthode assume ce sur-mesure radical. « On a un savoir-faire, mais on n’a rien à vendre : pas de catalogue, pas de produits standardisés, répond Gaël Hardy. Nous proposons nos savoir-faire, et il faut qu’il y ait une intention créative en face. Ce qui nous intéresse, c’est que notre savoir-faire soit challengé par ces projets. » Chaque œuvre est un prototype qui doit être l’œuvre définitive : « Il n’y a pas de seconde chance. Il faut prendre les choses dans le bon ordre et valider chaque étape. » Et le temps y est consacré sans compter : « On ne va pas se battre sur le temps horaire machine. On consacre le temps nécessaire au projet. » C’est toute la différence entre un métallier industriel et une métallerie d’art au service des architectes, des designers, des sculptrices et sculpteurs, des maîtres d’ouvrage exigeants : ici, l’atelier travaille avec l’idée, pas contre elle.

Hélène Vans, qui a visité des entreprises industrielles sans pouvoir y faire réaliser ses œuvres, en fait la marque de fabrique de Crézé : « C’est une entreprise qui se met à la disposition de réels défis techniques pour des œuvres artistiques nouvelles. Crézé a permis que s’instaure un vrai dialogue et un climat de confiance entre l’artiste, son commanditaire et les équipes de réalisation. » Derrière le conducteur de travaux Franck Lacueille, elle salue le travail des artisans — Frédéric Lécuyer, notamment, dont la sensibilité pour les finitions de l’inox et le travail du laiton a été décisive sur ces matériaux nobles qui ne souffrent aucune erreur.

La suite s’écrit déjà

Dans la maison du square Montsouris, l’histoire n’est pas finie : les lumino-reliefs illuminent la terrasse le soir, l’eau chante doucement sur le toit, et de nouveaux projets se dessinent — d’autres lumino-reliefs peut-être, d’autres œuvres in situ. « Tout ça n’est peut-être pas terminé », glissent les Fauchille. Et de conclure avec une invitation qu’ils adressent à toute l’équipe de Crézé : « Il faut absolument que vous veniez. »

La confiance, chez un artisan d’art, se construit ainsi : œuvre après œuvre, client après client, au fil du métal.

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CRÉZÉ 
Sculpteurs de métal pour l’architecture, le patrimoine et l’art. 
Le feu révèle, le geste perpétue.
Crézé, métallerie d'art, met son savoir-faire au service d'intentions créatives,
fonctionnelles ou architecturales — création sur mesure, restauration de patrimoine,
menuiserie métallique de standing, pièces uniques pour architectes, architectes 
d'intérieur, designers et artistes. Sans catalogue.
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